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samedi 31 mai 2014

Une Pakistanaise lapidée pour s’être mariée par amour

Une jeune Pakistanaise enceinte a été lapidée mardi par sa propre
famille, furieuse de son mariage d'amour. Ce fait divers attire à
nouveau l'attention sur l'horreur des crimes d'honneur au "pays des
purs".

Son crime ? Avoir épousé l'homme qu'elle aimait. Farzana Parveen, 25
ans, a été tuée à coups de briques, mardi 27 mai, par une trentaine de
personnes dont des membres de sa famille furieux que la jeune femme,
enceinte de trois mois, ait choisi un mariage d'amour.

Le premier ministre exige des mesures immédiates

Jeudi, le Premier ministre pakistanais Nawaz Sharif a exigé des
autorités de la province du Penjab qu'elles prennent "des mesures
immédiates" à la suite de ce crime "totalement inacceptable" survenu
"devant la police".


Le drame s'est déroulé en plein centre-ville, à l'entrée du tribunal
de Lahore, mégalopole de plus de 10 millions d'habitants à l'est du
Pakistan. Farzana Parveen devait se présenter devant la justice pour
témoigner contre sa famille qui accusait son mari de l'avoir
"kidnappée".

Mais les assaillants ne l'ont pas laissé franchir le seuil du palais
de justice et l'ont trainée au sol, battue à coups de briques avant de
lui porter un coup fatal à la tête. Parmi les agresseurs : le père de
Farzana, ses frères et ses cousins, affirme Muhammad Iqbal, le mari de
la jeune femme, âgé de 45 ans.

Lapidée "sous les yeux" de la police

Interrogé par la BBC, il fustige l'inaction des forces de sécurité,
qu'il qualifie de "honteuse" et "inhumaine" : "Nous avons crié à
l'aide, personne n'écoutait. Un de mes proches qui nous accompagnait
au tribunal a même ôté ses vêtements pour attirer l'attention de la
police mais personne n'a bougé. Ils ont laissé Farzana se faire tuer
sous leurs yeux", raconte Muhammad Iqbal, sous le choc.

Depuis quelques temps déjà, l'époux éploré craignait une issue
dramatique à ce conflit familial. D'ailleurs, lors d'une précédente
audience dans cette affaire, le 12 mai dernier, le couple avait
affirmé avoir échappé à une première attaque. "Nous sommes la cible de
menaces depuis que nous sommes mariés", avait déclaré Muhammad Iqbal
mercredi à l'AFP.

Joint par téléphone depuis son village de Jaranwala, où ont eu lieu
les funérailles de la jeune femme, il ajoute : "Toutes les personnes
qui étaient présentes [devant le tribunal] sont connues, elle ont été
vues par tout le monde, il n'y a donc aucune raison que les agresseurs
ne soient pas traduits en justice. Justice doit être faite !"

"Nous glissons vers des interprétations d'un 'islam talibanisé'"

Rapidement après le crime, les autorités de Lahore ont indiqué avoir
interpellé le père de la mariée, Muhammad Azeem, et être à la
recherche de deux de ses frères et trois de ses cousins. Mais cette
annonce n'a pas calmé les esprits. ONG, féministes et activistes des
droits de l'Homme ragent devant l'apathie quasi-généralisée que
suscite cette affaire dans un pays où la loi interdit pourtant la
tradition coriace des mariages forcés et les "crimes d'honneur".

"La police régulière du tribunal était mystérieusement absente des
lieux du crime, elle a été incapable de prendre des mesures
préventives, de protéger [la victime] et ce, malgré les précédents
dans les cas de meurtres pour déshonneur", a déclaré à l'AFP Tahira
Abdullah, une militante des droits de la femme. "Nous glissons
irrémédiablement vers l'extrémisme et des interprétations non
islamiques d'un 'islam talibanisé'", a-t-elle ajouté.

1 000 femmes tuées pour "déshonneur" en 2013

"Les gens ont peur de parler car ils craignent d'être accusés de
blasphème ou de propos contraires à l'islam", a constaté une autre
militante féministe, Samina Rehman. Luttant elle aussi pour la cause
des femmes, l'écrivain pakistanaise Bina Shah souligne, sur son site,
que certains de ses compatriotes ingnorent toujours que dans la
religion musulmane "une femme a le droit de choisir son mari".

En 2013, au Pakistan, près de 1 000 femmes ou adolescentes ont été
tuées pour avoir "déshonoré" leur famille, selon la Commission
nationale des droits de l'Homme, qui dénonce "l'impunité" dont
jouissent les auteurs de ces meurtres peu rapportés dans la presse
locale.

Un certain nombre de lois entrées en vigueur au début des années 2000
interdisent les mariages forcées et pénalisent les crimes d'honneur,
mais ces textes se heurtent encore aujourd'hui à des coutumes
ancestrales ou une interprétation étriquée de l'islam.

Avec AFP